C’est un peu après onze heures, alors qu’il avait les yeux rivés sur l’écran de son ordinateur, que le téléphone portable de Papy s’était mis à sonner le tirant brusquement de sa grande concentration. Sans même voir le « BB » qui s’affichait, l’intonation de la sonnerie lui avait fait savoir qu’il s’agissait de Mimi et il s’empara donc immédiatement de l’appareil avec le pressentiment que quelque chose n’allait pas.
En effet, cela était très exceptionnel que cette dernière la joigne ainsi directement aux heures de travail car, même s’il n’avait cessé de lui dire qu’il prendrait tous ses appels quelle que soit la situation dans laquelle il se trouvait, elle préférait toujours lui envoyer un sms lui demandant de la contacter lorsqu’il en aura le temps pour être sure de ne pas le déranger au cas où il serait en réunion ou avec un de ses clients ou partenaires.
Décrochant rapidement, l’inflexion pour le moins inhabituelle de la voix de Mimi confirma les inquiétudes de Papy et c’est plein d’appréhension qu’il lui avait demandé ce qui lui arrivait. Sa grossesse avait été confirmée en début de semaine par sa gynécologue chez qui ils s’étaient rendus ensemble tous les deux et, ce matin, bien qu’elle se plaignait d’un certain inconfort en plus de son insomnie de la nuit, elle avait tout de même tenu à se rendre en classe.
« J’appelle pour te prévenir que je suis en train de rentrer à la maison. Je ne me sens toujours pas mieux ! » Avait répondu celle-ci d’une petite voix qui reflétait un réel mal-être en ajoutant que la tension dans son bas-ventre était maintenant accompagnée de vomissements qui l’indisposaient vraiment.
Très touché, Papy lui avait proposé de passer la prendre mais elle lui avait dit avoir déjà quitté son établissement supérieur et attendait juste d’avoir un taxi pour rentrer.
« Es-tu sure de pouvoir partir toute seule et surtout de ne pas avoir besoin d’aide une fois à la maison ? Et puis tu devrais peut-être aller voir le médecin ! » Avait dit Papy d’un air très inquiet.
« Non chéri ! Ne t’en fait pas ! Il suffira juste que je m’étende un peu et avec un peu de repos cela devra passer ! » Avait-elle tenté de le rassurer.
« Tu es sure ? » Avait encore insisté Papy et, comme Mimi répondait que oui, il lui avait quand même demandé de faire très attention avant de raccrocher avec de doux mots de consolation en insistant pour qu’elle l’appelle dès son arrivée à la maison.
Dans son malaise qui persistait à l’angle de la ruelle où elle venait d’apercevoir un taxi libre à qui elle faisait signe, la grande compassion qu’elle avait senti dans la voix de Papy ainsi que ses paroles réconfortantes avaient mis beaucoup de baume au cœur de Mimi. Il lui avait fait la promesse d’être à ses côtés tout au long de ses neuf mois à venir et semblait bien prêt à tenir celle-ci.
C’est donc consciente du soutien total de son mari qu’elle s’était introduite dans le véhicule qui s’était garé à ses pieds, décidée cependant à le ménager le plus possible car elle ne voulait pas qu’il fasse d’elle sa priorité au point de négliger son travail qui était aussi sa grande passion.
De son côté, malgré les mots rassurants de Mimi, Papy n’arrivait plus à se concentrer. Il avait cependant tenté de reprendre le cours normal de ses activités en attendant la confirmation de l’arrivée de cette dernière chez eux mais sa tête n’y était vraiment pas. N’y tenant plus, il avait donc rappelé Mimi pour voir où elle en était et s’était alarmé de découvrir qu’elle n’était encore qu’à mi-chemin.
« On a perdu un peu de temps dans les embouteillages mais là maintenant la voie est dégagée et on devrait arriver à la maison dans pas longtemps. » Avait dit Mimi pour le tranquilliser car elle sentait qu’il était vraiment troublé.
« Préviens-moi dès que tu seras là-bas. » Avait-il encore dit avant de raccrocher.
L’imaginant toutefois toute seule chez eux avec la domestique comme seule assistance, sans plus hésiter, il avait pris la décision de profiter de sa pause pour aller vérifier de lui-même qu’elle n’avait rien de grave et rester un petit moment avec elle. Quelques minutes plus tard, son téléphone avait émis un court bip signalant la réception d’un message et, à son grand soulagement, c’était Mimi qui lui annonçait son arrivée à domicile et le rassurait à nouveau sur son état de santé.
Il l’avait de suite rappelé et était resté quelques instant avec elle au téléphone pour s’assurer qu’elle se remettait peu à peu et, comme celle-ci semblait plus sereine, c’est un peu plus apaisé qu’il s’était replongé dans ses dossiers en attendant la pause. Dirigeant sa propre société, il aurait pu se permettre des libertés et partir plus tôt que prévu mais, par principe et respect envers ses employés, il souhaitait toujours donner le bon exemple.
C’est alors qu’elle venait de quitter la salle de bain de sa chambre, où elle n’avait cessé de faire des va et vient, que Mimi avait entendu la sonnerie particulière de Papy puis sa douce voix qui saluait la domestique qui venait de lui ouvrir la porte d’entrée. Malgré son inconfort, elle ne put s’empêcher de sourire en constatant qu’il avait quand même fait le déplacement pour la voir et avait intérieurement beaucoup apprécié son geste.
Elle s’était toutefois très rapidement remise au lit vu que la position allongée était la seule qui la soulageait et attendit son arrivée en suivant, de l’ouïe, le bruit de ses pas qui se rapprochait de plus en plus. La porte de leur chambre étant restée entrouverte, il avait légèrement frappé avant de la repousser avec une mine inquisitrice. Il tenait sa veste dans sa main alors que sa cravate était partiellement dénouée mais avait toutefois semblé se rassurer un peu en la voyant.
« Tu vas mieux ? » S’était-il enquis en s’asseyant à ses côtés sur le lit avant de se mettre à lui caresser affectueusement la joue.
« Oui beaucoup mieux ! » Avait menti Mimi mais, à peine Papy commençait-il à ôter sa chemise, qu’elle avait soudain sauté du lit pour courir dans les toilettes où elle s’était remise à vomir et, cette fois, cela était plus difficile car son ventre vide n’avait plus rien à rendre.
C’est alors qu’elle finissait de se rincer la bouche et se laver le visage pour se rafraîchir que Papy était apparu torse nu sur le pas de la porte de la salle de bain. Leurs regards s’étaient longuement croisés sur la glace et, lui prenant tendrement la main, il l’avait l’attiré vers lui puis, posant sa main sur son front, il lui avait signifié qu’elle était un peu fiévreuse avant de réitérer sa proposition de l’amener voir son médecin-traitant mais elle avait à nouveau dit que cela n’en valait pas la peine.
Il avait ensuite marché derrière elle pour sortir de la salle de bain et, comme il la voyait se diriger vers la porte de la chambre, il lui avait rapidement demandé où elle allait.
« J’ai besoin d’un verre d’eau pour prendre mes calmants. » Avait-elle répondu et il lui avait alors proposé d’aller plutôt se reposer.
« Je me charge de cela ! Vas juste t’allonger et fais-moi signe si tu as besoin de quoi que ce soit ! » Lui avait-il dit en la prenant affectueusement par la taille pour la diriger vers le lit.
Il était ensuite sorti de la chambre en enfilant un tee-shirt avant de revenir avec un plateau sur lequel étaient posés un petit verre d’eau et un autre de lait qu’il lui avait tendu en premier en lui disant qu’elle ne pouvait prendre ses médicaments le ventre vide. Il s’était ensuite allongé à ses côtés et, prenant sa main dans la sienne, il s’était mis à commenter avec humour les images à la télévision ce qui l’avait bien détendu avant que, le lait et les calmants faisant leurs effets, elle ne s’endorme paisiblement.
Ce sont les caresses qu’elle sentait sur son visage qui l’avaient tiré de son sommeil une heure plus tard et, lorsqu’elle ouvrit les yeux, son regard s’était retrouvé dans celui de Papy qui continuait de passer son doigt sur l’arête de son nez, ses lèvres et son menton. Il avait souri et lui avait dit qu’elle semblait avoir bien meilleure mine avant de lui signifier son retour au bureau.
« As-tu déjeuné ? » N’avait-elle pu s’empêcher de demander et il lui avait confirmé que la domestique lui avait servi à manger avant de lui dire de bien prendre soin d’elle et de ne surtout pas hésiter à le joindre s’il y avait le moindre souci.
Il lui avait ensuite déposé un tendre bisou sur le front, puis avait réajusté le drap qui la recouvrait et lui avait caressé la tête avant de se lever. Alors qu’elle lui tournait le dos bien enveloppée dans la couverture douillette, il était encore resté quelques secondes sur le pas de la porte à l’observer avant de se décider enfin à partir le cœur lourd comme il pensait à tous les petits désagréments qu’elle devra subir tout au long des prochaines semaines comme son corps s’adaptait peu à peu à la nouvelle vie qui s’installait en elle.
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