C’est chez Amina, sa petite-sœur puînée avec qui il avait toujours été très proche, que Lemzo avait décidé de se rendre directement en quittant le salon de coiffure d’Adja où il venait de vivre le pire instant de sa vie.
Il était totalement désemparé et abattu comme il empruntait la ruelle qui menait chez cette dernière. Il n’arrivait toujours pas à croire à ce qui venait de se passer et s’il n’était pas si sûr d’être bien éveillé il se serait certainement cru dans un très mauvais cauchemar.
« Aïcha ! Dans le salon de coiffure d’Adja ! Comment cela pouvait-il donc bien être possible ? » Ne cessait-il de se demander en revoyant l’expression du visage de cette dernière quand leurs regards s’étaient trouvés plongés en plein l’un dans l’autre.
« Que s’était-il donc passé aujourd’hui pour qu’il ne prenne pas toutes ses précautions ? »
En temps normal, il aurait d’abord bien situé Aïcha avant de se rendre chez Adja mais aujourd’hui, dominé par son orgueil et obnubilé par la réparation de ce qu’il considérait comme étant un affront de la part du cousin d’Adja, il avait totalement oublié d’appeler Aïcha pour savoir sa position, croyant aussi inconsciemment qu’elle allait directement rentrer chez elle à la fin de ses cours comme elle avait l’habitude de le faire.
« Mon Dieu Aïcha ! Comment vais-je jamais me sortir de cette situation ? Quoi dire ou quoi faire pour pouvoir regagner ta confiance ? » Se demandait-il comme il connaissait trop bien cette dernière pour savoir que l’indifférence qu’elle avait affichée était le signe d’une énorme frustration et qu’il aurait mille fois préféré qu’elle décharge sur le coup toute sa rage sur lui plutôt que d’opter pour ce calme qui présageait d’une très grosse tempête à venir.
En ne disant rien, il savait qu’elle prenait le temps de bien ruminer sa colère et trouver la plus dure des punitions pour sa forfaiture.
« Oh Aïcha ! Je ne dois pas te perdre ! Je ne peux pas te perdre ! Je t’aime trop pour cela ! » Pensait-il toujours.
A côté de cette terrible peur de voir Aïcha lui tourner le dos, Lemzo ressentait aussi une honte jusque-là inégalée. Il ne s’était jamais senti aussi petit dans ses souliers. C’est une énorme douche froide qu’il avait reçu en voyant la silhouette d’Aïcha debout sur le pas de la porte du salon d’Adja et il n’avait jamais eu à expérimenter pareils embarras et confusion de sa vie.
Il n’avait d’ailleurs pas osé l’appeler car ne sachant quoi lui dire pour le moment mais espérait qu’Amina pourrait décanter rapidement la situation. En effet, parce que très proche de lui, cette dernière était le seul membre de leur famille à savoir sa liaison cachée avec Adja et, parce que très attachée à Aïcha qu’elle voit déjà comme sa belle-sœur, n’avait jamais cautionné celle-ci.
Elle n’avait d’ailleurs jamais manqué l’occasion de la lui reprocher en lui demandant de se méfier d’Arona qui l’y encourageait et ne lui donnait jamais les bons conseils qu’on attendait d’un ami sincère.
Arrivé chez cette dernière, comme il l’attendait dans l’espace familial où son neveu bébé babillait dans son parc à jouets, dès qu’Amina avait vu la tête qu’il affichait, en sortant de la cuisine où elle se trouvait, elle s’était rapidement assise à ses côtés en s’enquérant vivement de la situation. N’ayant jamais vu son grand-frère avec cette mine aussi terrible, elle avait envisagé le pire et immédiatement pensé qu’un malheur était survenu dans leur famille, notamment à un de leurs parents.
Lemzo avait quand même eu assez de lucidité pour effacer rapidement ses craintes avant de lui relater dans les détails sa mésaventure du salon de coiffure d’Adja. Comme ils étaient très complices, il ne lui faisait pas de cachotteries et avait donc avoué toute la douleur et la peine qu’il ressentait actuellement ainsi que sa grosse crainte de perdre Aïcha à jamais.
Bien que de deux ans sa cadette, Amina avait toujours fait preuve d’une grande maturité qui faisait que beaucoup pensaient même qu’elle était l’aînée de leur famille et, donc, la grande-sœur de Lemzo. Considérant le fameux « masla » à la Sénégalaise comme de l’hypocrisie pure et simple, elle était dotée d’un franc-parler qui la faisait parfois être traitée d’insolente, tellement elle mettait un point d’honneur à toujours exprimer le fond de sa pensée, si ses affinités avec la personne concernée lui octroyaient ce droit, sinon s’abstenir de tout commentaire si elle ne pouvait dire la vérité crue.
C’est donc sans mettre de gants qu’elle avait dit à son frère qu’il ne pouvait espérer berner Aïcha aussi longtemps et devait s’attendre à se retrouver dans pareille situation un jour.
« Bien vrai qu’on ne frappe pas un homme déjà à terre, et bien vrai aussi que je compatis à ta peine, il faut cependant que te je dise carrément que tu n’as récolté que ce que tu as semé ! Je t’avais bien dit que, tôt ou tard, cette affaire éclatera au grand jour et que le gros perdant ne sera personne d’autre que toi ! Seulement tu as laissé les flatteries de ton faux-type de Rone te monter à la tête et voilà le résultat aujourd’hui !»
«Amina ! S’il-te-plaît ! Ce n’est vraiment pas le moment ! Je suis venu ici parce que je sais qu’Aïcha t’apprécie beaucoup et que toi seule peut me sortir actuellement de ce pétrin ! Tu es la seule personne qui pourra faire entendre raison à Aïcha ! »
« Ok ! Mais je vais quand même te dire ce que je pense ! Quand vas-tu donc ouvrir les yeux par rapport à Rone ? Tu devrais même te méfier de lui rien qu’en voyant sa traîtrise et son double-jeu avec Aïcha que tu as connu par son biais et dont il prétend être l’ami de la famille ! Moi je te connais très bien ! Je sais qu’au fond tu n’es absolument pas le genre d’homme volage auquel renvoie ton image mais, même si je dois t’aider, sache que je le ferai pour Aïcha et pas pour toi ! »
« Merci ! Quelle qu’en soit la raison ou bien pour qui tu le fais, Merci ! Merci vraiment d’avoir accepté d’aller parler à Aïcha ! » Avait dit Lemzo légèrement soulagé.
« C’est cela oui ! Mais ce sera aussi sous certaines conditions ! Déjà, il faudra jurer que tu vas cesser ton double-jeu et lui rester désormais fidèle, ensuite, que tu régleras le cas de Rone ! »
« Tout ce que tu veux ! Pourvu seulement que tu ailles lui parler et la convaincre de la sincérité de mes sentiments pour elle. Dis-lui que c’est une erreur que je regrette énormément et qui ne se reproduira plus jamais ! »
« Han ! C’est sûr cela ? » Avait demandé Amina.
« Promis juré ! » Avait confirmé Lemzo.
« Ok ! Je vais essayer de passer la voir après-demain ! » Avait alors dit Amina.
« Quoi ? Non Amina ! Après-demain c’est bien trop loin ! Si tu peux y aller maintenant même ce serait mieux ! »
« Hey ! Moi je suis en train de m’occuper du dîner de mon chéri, je n’ai vraiment pas le temps ce soir ni demain aussi car j’ai un collègue qui se marie et on va aller chez lui à la descente du travail. Ce n’est qu’après-demain, Vendredi, que je pourrai aller chez Aïcha. »
« Vendredi Amina ! Ne sois pas sans cœur toi aussi ! Tu ne vas quand même pas me laisser sur des braises ardentes pendant deux jours ! » Avait presque supplié Lemzo.
« Cela t’apprendra à jouer avec les femmes ! Et puis d’ailleurs je ne te garantie rien ! Tu connais Aïcha ! Si elle décide très clairement de te laisser tomber je ne la forcerai pas ! Je te le dis tout de suite ! » Avait enfoncé Amina.
« Amina ! » S’était presque écrié Lemzo.
« Non ! Je plaisante ! » Avait dit cette dernière en éclatant de rire avant de préciser qu’elle fera tout son possible pour convaincre Aïcha.
Malgré les assurances d’Amina, c’est toujours avec la mine très soucieuse que Lemzo était sorti de chez cette dernière, à la nuit tombante, après avoir rejeté son offre de rester dîner. La journée avait été très longue, avec toutes les vives émotions vécues, et il était donc partagé entre fatigue physique et morale comme il parcourait la distance qui séparait son domicile de celui de sa sœur.
C’est l’esprit toujours empli de doutes et de remords qu’il était arrivé à une intersection au moment où le feu passait au vert et, distrait, malgré les klaxons des autres voitures qui le prévenaient, il n’avait pas fait attention à celle qui venait à très vive allure à sa droite et qui, grillant son feu, était venue percuter la sienne de plein fouet puis la traîner sur une courte distance avant de l’écraser violemment sur le mur, le laissant totalement inerte.
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