« As-tu un peu pensé à ce dont on avait parlé la semaine dernière ? » Avait demandé Adja Marème à Idrissa qui venait tout juste d’arriver comme, sur le chemin du retour du travail, il avait fait un détour par chez ses beaux-parents pour passer un moment avec sa fille
« Quoi donc ? » Avait questionné sans réellement s’y intéresser, ce dernier qui s’était affalé, exténué, sur le fauteuil en face de celui où était installée sa mère.
« A propos du mariage ! » Avait repris Adja Marème.
« Quel mariage ? »
« Du tien bien sûr ! »
« Du mien ! » Avait ironiquement dit Idrissa en se relevant pour s’asseoir plus correctement.
« Oui du tien ! La première fois qu’on en a discuté je pense que tu étais encore sur les nerfs mais cette fois-ci j’espère que tu comprendras mieux. » Avait continué Adja Marème.
« Ce n’est pas la peine ! Je t’avais bien dit que je ne voulais plus aborder ce sujet ! »
« Et pourtant il le faut pour le bien de ta fille ! D’ailleurs je pense avoir trouvé la solution ! »
« Ah oui ! » Avait encore ironisé Idrissa qui voulait éviter toute polémique avec sa mère ce soir et essayait de garder son calme en la laissant faire sa proposition.
« Oui ! Je crois qu’on avait la solution sous le nez sans la voir ! » Avait continué Adja Marème.
« Ah ! « On » avait la solution… » Avait répété Idrissa toujours sur le même ton ironique en appuyant sur le « on ».
« Oui ! Ndéye Awa n’a pas de sœur mais Oulimata l’était presque ! C’était sa cousine et meilleure amie et on retrouve toutes les qualités qui m’ont plu chez Ndéye Awa en Oulimata. De plus, comme elle s’occupe déjà du bébé, cela rend les choses toutes simples ! Je suis sûre qu’elle sera une bonne mère pour la petite Awa et une parfaite épouse pour toi. »
« Bien ! » Avait tout simplement répondu Idrissa cette fois.
« C’est tout ce que tu trouves à dire ? » Avait repris Adja Marème légèrement énervée par l’indifférence de ce dernier.
« Que veux-tu que je te dise ! Moi je t’ai bien dit tout ce que je pensai de cette affaire ! C’est toi qui persistes dans tes idées alors que ma décision est irrévocable ! Je te le répète encore, je n’ai pas besoin d’une nouvelle épouse et ma fille et moi nous débrouilleront très bien tous seuls. Sur ce ! Je suis totalement exténué et vais donc aller m’allonger ! » Avait dit Idrissa avant de se lever pour quitter le séjour et monter dans sa chambre.
« C’est incroyable comme il est têtu ce garçon ! Mais je ferai mon devoir de mère ! Dès demain, je vais aller en discuter avec Aïssatou et je sais qu’elle n’y verra aucun inconvénient car ce sera pour le bien du bébé. De plus, Oulimata est une fille réfléchie, très posée et bien éduquée aussi je suis sûre qu’elle ne nous refusera pas cela à sa tante et à moi ! » Se disait Adja Marème à elle-même.
De son côté, lorsqu’il était monté dans sa chambre, après avoir pris une bonne douche et rattraper ses prières, c’est vers Malick que toutes les pensées d’Idrissa étaient allées. Étant en congés scolaires alors que Karim et lui étaient pris par leur vie professionnelle, Malick se retrouvait donc un peu esseulé ces derniers jours alors que son moral était extrêmement bas depuis l’installation de Gnagna chez Bachir.
S’étendant confortablement sur son lit, il avait appelé ce dernier pour voir comment il allait et fut légèrement surpris d’entendre du brouhaha autour de lui.
« Bof ! Je n’en suis pas sûr mais je crois que ça va ! Je suis sorti un peu pour me vider l’esprit !» Avait répondu celui-ci sans préciser qu’il était accompagné, même s’il était actuellement seul à sa table car Henriette avait tenu à partir elle-même s’occuper de leurs commandes respectives qu’il avait déjà réglé.
« Moi je n’en reviens toujours pas de cette affaire ! C’est fou quand même comme on peut vraiment avoir tout ce que l’on veut dans ce pays dès lors qu’on a de l’argent ! Sincèrement Mère Yacine a vraiment déconné ! Elle a tout simplement vendu sa fille ! » Avait rouspété Idrissa.
« Ah ! Laisse tomber ! Cela ne surprend personne ! Tout le monde sait le rapport qu’elle a avec l’argent ! Mon salaire de professeur de Lycée ne fait pas le poids face aux innombrables millions de Bachir ! » Avait tristement dit Malick.
« Oui mais l’argent fait-il vraiment le bonheur ? Elle a tout simplement hypothéqué celui de Gnagna car il n’y rien de pire que de devoir partager sa vie avec une personne que tu n’aimes pas ! » Avait repris Idrissa.
« En vérité c’est cela qui me fait le plus mal ! Si encore Gnagna avait délibérément choisi Bachir ! Mais se voir ainsi imposé son mari c’est tout simplement absurde ! » Avait répondu Malick avec humeur mais alors il avait aperçu Henriette qui revenait et avait rapidement pris congé d’Idrissa, avant que celle-ci n’atteigne la table, pour qu’il ne sache pas la bêtise qu’il avait faite en sortant prendre un pot avec une de ses élèves.
C’est dans sa joviale fraîcheur qu’Henriette était revenue s’installer et, comme elle avait choisi une toute nouvelle saveur de glace qu’elle disait être très savoureuse, avait insisté pour la lui faire goûter elle-même.
Ne trouvant pas cela très approprié, Malick avait refusé pendant un bon moment avant de céder finalement sur l’entêtante insistance d’Henriette. C’est comme sa bouche se refermait sur la petite cuillère remplie de glace que lui tendait cette dernière que son regard s’était retrouvé plongé dans celui-ci de Gnagna qui venait de franchir la porte que Bachir tenait galamment ouverte pour elle.
Alors que celle-ci la fixait avec un regard où se lisait une surprise doublée d’une grosse déception, Malick était tellement stupéfait qu’il ne s’était même pas rendu compte qu’Henriette avait récupéré de son index le petit bout de glace resté sur ses lèvres avant de sucer ce même doigt.
Ce geste d’Henriette n’avait cependant pas échappé à Gnagna qui s’était brusquement retournée pour ressortir de la salle sous la totale incompréhension de Bachir qui était sur le point d’y pénétrer à sa suite. Et comme Malick continuait de les regarder à travers la vitre de la porte refermée, il avait vu Gnagna dire quelques mots rapides à Bachir en s’en allant et celui-ci avait paru hésiter un court instant avant de quitter lui-aussi le pas de la porte.
« Que se passe-t-il ? » Avait alors demandé Henriette en jetant un rapide coup d’œil du côté de la porte avant de reporter son attention sur Malick.
« Je suis désolé mais je vais devoir partir ! » Avait dit celui-ci en se levant brusquement et c’est totalement muette d’incompréhension qu’Henriette l’avait vu sortir un billet de cinq mille francs de son porte-monnaie pour le déposer sur la table, en lui disant que c’était pour son transport, avant de se diriger vers la porte sans même avoir touché à sa commande.
C’est au moment où Malick atteignait le trottoir que la luxueuse voiture aux vitres teintées de Bachir l’avait dépassé et il était resté à la suivre du regard jusqu’à ce qu’elle disparaisse de sa vue. En voyant Gnagna en couple avec Bachir, il avait alors senti son cœur qui se déchirait encore plus aussi marchait-il tout droit devant lui sans même savoir où il allait.
Ses pensées étaient toutes emplies de la belle silhouette de Gnagna et il ne se rendait même pas compte qu’il traversait une ruelle quand de grands coups de klaxons avaient été suivis de longs crissements de pneus. La voiture s’était arrêtée à quelques millimètres seulement de ses pieds et une jolie jeune femme en était sortie dans tous ses états en le taxant d’inconscient, avant de s’arrêter brusquement comme elle semblait le reconnaître.
« Malick ! » Avait-elle alors murmuré et celui-ci lui avait alors prêté plus attention, reconnaissant avec surprise ce visage qui était resté le même malgré les nombreuses années passées depuis la dernière fois qu’ils s’étaient vus alors qu’ils n’étaient encore que des adolescents.
Lire la précédente partie