Alors que Malick retrouvait avec surprise son amour d’adolescence et autre seule fille qui avait jamais compté dans sa vie autant que Gnagna, la dernière citée par contre était toute bouleversée comme Bachir et elle reprenaient dans un total silence la direction de chez eux.
Elle n’arrivait toujours pas à croire que Malick ait pu si rapidement tourner la page et se la couler douce avec une autre jeune fille. Alors qu’elle ne cessait de se morfondre en essayant de trouver la solution qui lui permettra de sortir de son union avec Bachir, Malick lui semblait avoir déjà dépassé le stade des lamentations et elle se demandait d’ailleurs s’il avait jamais eu autant de sentiments qu’il le lui faisait croire.
« S’était-il réellement battu comme elle l’avait fait contre mère Yacine et Bachir ? N’avait-il pas plutôt observé les évènements se dérouler et laissé les choses se passer en se réfugiant dans sa soi-disant foi ! Avait-il vraiment tout tenté pour stopper son union avec Bachir ? » Se demandait Gnagna comme doutes et questionnements l’assaillaient tout d’un coup.
Oulimata lui disait souvent qu’elle était trop impulsive et tirait souvent des conclusions très hâtives mais elle savait ce qu’elle avait vu et cela ne laissait aucun doute sur le fait qu’il devait y avoir un lien très particulier entre Malick et cette jeune fille qui lui faisait goûter cette glace.
« Celle-ci n’avait-elle d’ailleurs pas récupéré le restant de glace sur les lèvres de Malick avec son doigt qu’elle avait ensuite sucé ? Que signifiait ce geste sinon une certaine intimité déjà !»
Alors que Gnagna gardait le visage tourné du côté de la vitre en tentant de refouler les larmes qui perlaient de ses yeux, elle sentait le regard de Bachir qui se posait très souvent sur elle. Depuis leur altercation du début de semaine quand elle avait repris le travail sans tenir compte de l’interdiction de ce dernier, elle était revenue à de meilleurs sentiments dans leur rapport quotidien et agissait plus correctement avec lui.
Ils faisaient certes toujours chambre à part et n’avaient pas d’échanges physiques affectueux mais elle se comportait un peu plus en maîtresse de maison, gérant son foyer avec application et s’occupant de lui servir personnellement ses repas. D’ailleurs c’était elle-même qui avait proposé à Bachir d’aller pendre un pot en ville en cette fin d’après-midi pour changer un peu aussi celui-ci était-il lui-même actuellement en proie à une totale incompréhension comme elle était ressortie du glacier avec une mine très désappointée en disant vouloir finalement rentrer à la maison.
Dès qu’ils étaient arrivés dans la résidence, sans même attendre que Bachir ne lui ouvre la portière de la voiture, Gnagna était sortie de celle-ci avant de se diriger rapidement dans sa chambre où elle s’était jetée toute en pleurs sur le lit. Elle avait comme l’impression qu’elle luttait pour rien contre ce mariage car Malick semblait déjà définitivement perdu. Si elle s’était autant obstinée à se refuser à Bachir c’était parce qu’elle ne voyait son avenir sentimental avec personne d’autre que Malick, et si maintenant celui-ci lui avait lui-même tourné le dos, quel intérêt avait-elle à continuer sa rébellion et quitter son mariage pour se retrouver seule sans Malick.
Les paroles que lui répétait souvent Oulimata depuis la célébration de son union revenaient à la mémoire de Gnagna. En effet, celle-ci ne cessait de lui dire que nul ne pouvait aller à l’encontre des décisions divines et que si son union avec Bachir s’était quand même concrétisée, malgré sa grande objection et tout ce qu’elle avait fait pour l’empêcher, c’était qu’il devait y avoir quelque part la main de Dieu et que Malick ne lui était pas destiné.
« Puisque tu n’as pas d’autre choix que de passer le restant de ta vie avec Bachir alors mieux vaut accepter la situation et essayait de tirer le meilleur du pire ! C’est vrai qu’il a souvent un très sale caractère et se montre antipathique mais il n’y a rien qu’une femme ne puisse changer en son mari ! » Lui avait une fois conseillé Oulimata avant de finir par une petite plaisanterie coquine en lui disant qu’à vrai dire, elle devait aussi reconnaître que Bachir était physiquement un assez bel homme et que cela ne devait pas être trop déplaisant de se retrouver la nuit dans ses bras.
A l’époque, l’affaire était encore très fraîche et elle était totalement sourde à tout raisonnement autre que le sien et, aujourd’hui qu’elle avait vu Malick en si galante compagnie, elle se demandait si elle ne devait pas finalement accepter sa situation actuelle et remplir désormais pleinement son rôle d’épouse auprès de Bachir.
« N’en avait-elle pas assez de ses tiraillements avec sa mère ? Ce Malick qui se pavanait déjà en ville avec une nouvelle conquête méritait-il toujours son amour ? Ne devait-elle pas donner une petite chance à Bachir dont elle découvrait chaque jour avec surprise une facette jusque-là inconnue de sa personnalité qui était loin de celle qu’il laissait percevoir en public ? » Se disait Gnagna, qui était maintenant assise le dos appuyé à la tête de lit, quand la porte de la chambre s’était ouverte sur Bachir et son éternelle sucette.
Parce qu’elle était trop déboussolée, Gnagna n’avait pas souligné le fait que ce dernier n’ait même pas frappé à la porte et le suivait plutôt de son regard bien triste comme il s’approchait pour venir s’asseoir à ses côtés sur le lit.
« Que se passe-t-il ? » Avait-il alors demandé d’une voix très posée et, sans qu’elle ne puisse les retenir, les larmes de Gnagna avaient repris possession de son visage.
Dans son premier élan affectif depuis leur union, Bachir s’était davantage rapproché pour la prendre dans ses bras et elle s’était alors totalement lâchée, libérant toute sa frustration accumulée durant ces derniers jours, frustration qui avait atteint son summum en cette fin d’après-midi avec cette rencontre fortuite avec Malick qui venait de détruire tous ses espoirs de lendemains meilleurs.
Patiemment, Bachir l’avait laissé pleurer tout son soûl en faisant peu cas de sa chemise qui se mouillait de plus en plus sur son épaule où sa tête reposait. Tendrement, il s’était ensuite mis à lui caresser la tête et elle avait commencé à se calmer petit à petit. Quand elle s’était finalement bien reprise, elle s’était détachée de lui légèrement gênée de s’être autant laissée aller.
« Ça va mieux ? » Lui avait demandé Bachir en nettoyant affectueusement de son pouce les traces de larmes sur ses joues et, comme elle levait les yeux vers lui, leurs regards s’étaient retrouvés longuement plongés l’un dans l’autre.
« Tu l’aimes tant que cela ? » Avait-il alors demandé mais Gnagna n’avait rien dit.
« Ecoute Gnagna… Je pense que je te dois tes excuses ! J’avoue que je me suis montré très égoïste dans cette histoire en suivant mon bon vouloir sans tenir compte du tien. Tu m’as demandé la dernière fois pourquoi je t’avais choisi toi parmi toutes celles qui entraient dans mes critères de sélection et je ne t’avais pas répondu mais je vais le faire ce soir. » Avait repris Bachir avant de prendre la main de Gnagna dans la sienne pour la poser sur le côté gauche de sa poitrine.
« Voilà pourquoi je t’ai choisi toi ! Parce que ce cœur que tu sens n’a cessé de battre pour toi depuis le premier jour où mon regard s’est posé sur toi ! J’aurai peut-être dû jouer franc-jeu avec toi et te révéler mes sentiments en te laissant le libre choix mais j’ai trop souffert dans ma vie Gnagna, j’ai subi beaucoup trop de déceptions et de désillusions qui font que je ne sais plus comment exprimer l’amour… » Avait-il dit en la fixant tout droit et elle avait alors lu la sincérité de ses paroles dans ses yeux.
« Je me rends compte cependant que j’ai mal agi ! Que je n’avais pas le droit de vouloir construire mon bonheur sur le malheur d’un autre ! J’ai vu la façon dont tu t’entêtes à prouver ton amour pour Malick et j’ai décidé de plus être une entrave à votre bonheur. Aussi, ce n’est pas de gaieté de cœur que je te le dis, mais sache que tu es désormais libre de partir de la maison. Tout ce que je t’ai cependant offert durant cette union reste à toi et je tiendrai aussi toutes les promesses faites à ta mère… » Avait repris Bachir avant de conclure en lui caressant la joue tout en lui disant qu’elle n’oublie cependant jamais qu’il l’aimait et sera toujours là pour elle.
Et alors, à sa totale surprise, Bachir avait vu le visage de Gnagna se rapprocher lentement avant de sentir ses lèvres qui se posaient tendrement sur les siennes.
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