C’est quand Bachir avait commencé à répondre à son baiser que Gnagna avait réalisé ce qu’elle était en train de faire et avait donc rapidement détaché ses lèvres de celles de ce dernier. Elle était alors totalement confuse comme elle ne comprenait pas ce qui l’avait poussé à agir ainsi. Certainement que le surprenant aveu sentimental de Bachir était venu à un moment où elle se sentait totalement désorientée affectivement et cela lui avait mis un tel baume au cœur qu’elle avait réagi sans même réfléchir.
Voyant l’embarras de Gnagna qui fuyait maintenant son regard, Bachir lui avait tendrement caressé la joue avec un cœur un peu plus léger car ce baiser lui offrait une petite lueur d’espoir inespérée.
« Que dois-je comprendre par-là ? Vas-tu partir ou rester ? » Avait-il demandé le cœur battant la chamade.
« Je… Je ne sais vraiment pas ! » Avait cependant bégayé Gnagna en précisant qu’elle se sentait actuellement bien trop confuse pour prendre la décision adéquate.
« C’est vrai qu’au moment où tu pénétrais dans la chambre, j’avais presque décidé d’en finir avec tous ses tiraillements et jouer le rôle d’épouse figurante que tu disais rechercher mais tes sentiments que tu viens de me révéler sèment de nouveau le doute. » Avait continué Gnagna.
« Comment cela ? » Avait demandé Bachir.
« Bachir ! Malgré nos heurts, t’avoir côtoyé pendant toute cette semaine m’a fait découvrir une facette de ta personne que je n’aurai jamais imaginée et, maintenant que tu m’as parlé de tes souffrances passées, je comprends mieux le pourquoi de ton attitude souvent antipathique. Seulement je ne saurai dire que mes sentiments envers toi ont changé ! Je t’apprécie certes un peu plus qu’avant, je ne te déteste probablement plus, mais mon cœur reste ailleurs, même si cet ailleurs ne le mérite pas. » Avait dit Gnagna en toute franchise et, comme Bachir la fixait sans rien dire, elle avait repris :
« J’ai trouvé Malick en très galante compagnie dans le glacier et je suis si déçue et lui en veut tellement que toute décision que je prendrai pourrait n’être qu’en réaction à cela. Et maintenant que je sais ce que tu ressens pour moi, je ne voudrais surtout pas que tu ne serves uniquement qu’à me venger de lui. Je ne peux pas me permettre de t’utiliser. Tu m’as dit que tu avais subi trop de déceptions et de désillusions et je ne voudrai pas en ajouter d’autres. »
« Gnagna ! Saches que tu ne pourras jamais me décevoir ! Si moi je n’ai pas joué franc-jeu, de ton côté par contre tout était clair et net dès le départ. Malgré tout ce que j’ai fait pour t’appâter matériellement, tu as toujours eu la sincérité de proclamer ton amour pour Malick et je sais donc que si, comme je l’espère, tu décides de rester avec moi, ce ne sera certainement pas par intérêt. Vois-tu ! Lors de mes précédents mariages, chacune de mes ex-femmes m’avait montré un amour incommensurable alors que j’ai fini par découvrir que mon argent les intéressait toutes beaucoup plus que ma personne. Avec toi, ce ne sera pas le cas ! » Avait cette fois répondu Bachir.
« Bachir… » Avait commencé Gnagna mais celui-ci avait alors posé son index sur ses lèvres pour lui faire signe de ne rien dire et le laisser plutôt terminer.
« Gnagna ! Je suis conscient que mes sentiments pour toi ne sont pas réciproques mais saches que j’ai suffisamment d’amour pour nous deux ! Si tu savais comme ce que je ressens pour toi est différent de tout ce que j’ai jusque-là ressenti pour une femme ! Tout ce que je te demande c’est de me donner la possibilité de te le démontrer ! » Avait dit Bachir avant de prendre le visage de Gnagna par le menton pour lever celui-ci vers le sien.
« S’il te plaît Gnagna ! Laisses-moi t’apprendre à m’aimer ! » Avait-il repris rendant Gnagna toute émue.
Ils avaient alors échangé un long regard avant que Gnagna ne lui demande de lui laisser un peu de temps pour y réfléchir.
« C’est comme tu le souhaites et saches que je ne te mettrai pas la pression ! Promets-moi seulement que tu resteras à la maison pendant ce temps ! Tu ne peux imaginer le bonheur que me procure le fait de me réveiller le matin, d’entendre ta douce voix et de voir surtout ta silhouette déambuler dans les pièces de la maison en y laissant ton parfum envoûtant ! » Avait répondu Bachir et Gnagna avait alors souri.
« Merci pour ta compréhension ! Je préfère rester ici car maman ne me laissera pas réfléchir en toute sérénité si je retourne à la maison. » Avait simplement dit Gnagna sans relever le compliment de ce dernier.
« Je sais ! Tu es ici chez toi tu le sais ! » Avait répondu Bachir en lui faisant une caresse affectueuse sur la joue.
« Je suis désolée d’avoir été souvent désagréable ! C’est juste que j’avais beaucoup trop mal au cœur et que trop de questions s’entrechoquaient dans ma tête. Il y a aussi le fait que mes petites sœurs me manquent énormément. Je me suis installée ici sans même avoir eu le temps de leur dire au revoir et j’avoue que cette brusque séparation à jouer sur mes nerfs ! Je pense tellement à elles ! » Avait repris Gnagna.
« Je comprends tout cela et tu n’as absolument pas à t’excuser ! Quiconque à ta place aurait réagi pareillement ou peut-être même plus virulemment, et le seul qui doit des excuses ici c’est moi ! » Avait dit Bachir avant de poursuivre :
« Au fait cela te dérangerait-il d’attendre un peu pour le dîner ? J’ai une rapide course à faire et aimerai cependant bien manger en ta compagnie. »
« Ok ! Je t’attendrai ! » Avait répondu Gnagna et Bachir s’était alors rapidement levé en lui faisant une autre caresse affectueuse sur la joue.
« Je reviens tout de suite ! » Avait-il repris en s’en allant et Gnagna l’avait regardé refermer la porte de la chambre en se demandant quelle pouvait donc bien être sa subite urgence.
Elle avait cependant utilisé ce temps d’attente pour réfléchir un peu à la nouvelle tournure des évènements avant d’aller se rafraîchir et sortir enfin de sa chambre pour aller attendre Bachir en bas.
Dès qu’elle avait pénétré dans le séjour, la surprise de Gnagna était totale comme elle apercevait plusieurs couverts sur la table de la salle à manger. Elle s’en était alors rapprochée pour découvrir qu’ils étaient exactement au nombre de cinq et, lorsqu’elle avait appelé la cuisinière pour se renseigner, celle-ci lui avait dit que c’était Bachir lui-même qui lui avait demandé avant de sortir de mettre ainsi la table en veillant à ce qu’il y ait aussi assez de nourriture.
« C’est bizarre ! Il m’a juste dit qu’il partait faire une rapide course ! Il ne m’a pas précisé qu’il recevait des invités ! » Avait dit Gnagna et c’est alors même que le klaxon de la voiture de Bachir avait retenti.
Ce sont les bruits des portières qui s’ouvraient puis se refermaient que Gnagna avait d’abord entendu, quand la voiture s’était garée dans le parking intérieur, avant de percevoir trois voix bien familières. Son cœur avait alors fait un grand bon dans sa poitrine et elle se dirigeait précipitamment vers la porte d’entrée du hall quand celle-ci s’était ouverte sur Bachir qui la retenait pour ses trois petites-sœurs qui avaient toutes sautées dans ses bras dès qu’elles l’avaient aperçu alors que le gardien déposait leurs sacs de voyage près des escaliers.
Quand elle avait enfin réussi à se défaire de l’étreinte de ses sœurs, qui avaient failli l’étouffer, et que l’excitation des retrouvailles avait finalement baissé d’intensité, le regard de Gnagna avait croisé celui de Bachir et son éternelle sucette qui lui avait alors souri avant de lui dire qu’elle avait de la bonne compagnie pour le weekend.
« Vas les aider à s’installer et redescendez vite pour le dîner car je crois que je commence à avoir une petite faim moi ! » Avait-il ajouté en se caressant le ventre.
Et alors qu’elle avait demandé aux trois gaies jeunes filles, qui montaient les escaliers avec force discussion, de la précéder à l’étage, Gnagna avait déposé un rapide bisou sur la joue de Bachir en lui disant merci.
« Tes désirs sont des ordres mon ange ! » Avait alors murmuré celui-ci en la regardant gravir à son tour les marches des escaliers dans une très grande allégresse.
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