La culture éduque, influe sur les changements de comportements, équilibre la société. Le respect de la personne humaine, la praxis de la solidarité sociale…, sont les fondements de la culture africaine comme l’a rappelé la charte Kurukan Fuga du Mande de 1236.
La culture définie comme l’ensemble des valeurs, des traits distinctifs et spirituels d’un groupe social ou d’un peuple peut servir de rempart à une société en dérive. Il s’agit également de convoquer régulièrement le patrimoine, notre héritage culturel, de le réhabiliter pour ressourcer les citoyens exposés aux tares de la mondialisation. La société sénégalaise est menacée parce que truffée de contre-valeurs.
Violences physiques et verbales, injures faciles, disputes aux coins de rue, comportements bizarres, non respect des personnes âgées. La politesse orpheline, la courtoisie en berne, les valeurs en perte de vitesse. Place à l’arrogance, aux attitudes inqualifiables. La société sénégalaise devient méconnaissable ces dix dernières années. Quand la culture s’affaisse, les comportements deviennent choquent. Parmi les causes évoquées, la crise économique. Elle a bon dos et n’est pas responsable de certaines dérives comportementales. L’émergence des anti-modèles sur le champs social a entraîné chez les jeunes des comportements méconnaissables de la société sénégalaise. Au Sénégal, la médiatisation à outrance des contre-valeurs, des personnages impolis et incorrects, banalise l’insolence, l’irrespect, la malhonnêteté, la violence.
Un jeune rappeur a qualifié publiquement de menteur une personne âgée, une institution républicaine. Les adultes présents applaudissent, cautionnent donc ce comportement irrespectueux. Quand des religieux s’invitent dans le champs politique, retournant leurs boubous en fonction de leurs intérêts du moment, l’éthique en souffre. Des Ndèye Guèye (goudi town), Oumou Sow (décollage) et autres versent dans la danse obscène, deviennent des vedettes des médias serinant en longueur d’interviews des insanités. Des Paco Jackson Thiam abusent des médias traitant à bout de champs de « niak fayda » les dirigeants de la Fédération. Quand des prétendus jet-seteurs barrent la Une des journaux people foulant aux pieds la modestie et étalant leur extravagance avec la complicité des confrères. Et nos artistes (certains) supposés êtres les gardiens des valeurs, n’interpellent plus la société, rivalisent de flatterie et excellent dans le «samba mbayane». Quand les écrivains deviennent des flagorneurs, versant dans le panégyrique, multipliant des livres de commande. Sur scène, des conteurs travestissent le sens pédagogique de cet art et répondent aux désidérata des Occidentaux emboîtant ainsi le pas à certains cinéastes dont les sujets abordés obéissent aux orientations de l’outre mer.
Le théâtre qui servait de baromètre social et dénonçait les tares sociale est bouffé par les bouffons, devenus des vedettes. Faute de contenus pertinents, les émissions télévisées déboussolent les jeunes pendant que les parents sont occupés ailleurs.
Quand des sites et monuments historiques qui structurent nos consciences et forgent notre identité culturelle sont méconnus des jeunes et adultes. Ou va la société sénégalaise? Sauvons en réhabilitant les valeurs culturelles, en vulgarisant le patrimoine matériel comme immatériel pour inventer l’avenir avec un nouveau type de Sénégalais (Nts).
Par Omar Diaw, Sud Quotidien |