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Winnie, l’Autre Mandela : une militante morte Debout du haut de ses 81 ans

6 months ago, Written by , Posted in Uncategorized

Winnie, l’Autre Mandela[1] : une militante morte Debout du haut de ses 81 ans

Nomzamo Winifred Zanyiwe Madikizela dite WINNIE, son nom de mariage et de militantisme vient de rejoindre MANDELA en ce 5 avril 2018, soit à l’âge de 81 ans.

Sans risque d’être démentie, on peut affirmer que Winnie et Nelson constituent les deux faces d’une même médaille à savoir celle de la lutte anti-Apartheid en Afrique du Sud.

  • Winnie une Jeune épouse privée de son époux par le régime de l’apartheid

À peine deux (2) ans après leur mariage (en mars 1961), les moments avec son mari furent très restreints. Car, avec le lancement de la lutte armée et celui de la campagne de sabotages politiques par la branche armée de l’ANC, Nelson Mandela fut obligé d’entrer dans la clandestinité. Mais, comme en témoigne un de ses compagnons d’armes, Lionel Bernstein (1920–2002): « vraiment fou d’elle, il [Nelson Mandela] prenait des risques insensés pour la rejoindre, il ne pouvait pas s’en empêcher.» (Ariane Bonzon, Slate – français, 13/12/2013). Cependant, l’année suivante, elle sera dépouillée du peu qui leur restait. Les escapades amoureuses volées à l’apartheid prendront fin le 5 août 1962 avec l’arrestation de Nelson Mandela. Winnie exprime sa souffrance : « Une part de mon âme s’en est allée avec lui ce jour-là. » Pire, deux ans après (1964), au terme du retentissant procès dit de Rivonia, Mandela et ses compagnons furent condamnés à la prison à perpétuité et envoyés au bagne sur l’île de Robben Island. Winnie ne reverra son mari que 6 mois après, à travers une courte visite. Son droit de visite de deux fois par an souvent supprimés par divers prétextes, elle ne reprendra contact avec son mari que 22 ans après sa condamnation, soit en 1985 quand, très malade, il fut transféré sur le continent, dans une prison de haute sécurité de Pollsmoor.

  • Talon d’Achille de MANDELA, WINNIE subit les pires exactions du régime Sud-Africain

WINNIE fut à bien des égards victime du système de l’apartheid. D’autant plus qu’« …aux yeux des autorités, Winnie et sa famille représentaient le point vulnérable de Mandela ; c’était son talon d’Achille » (R. Stengel : 2010, 176). D’une pierre, le régime faisait donc deux coups : réprimer Winnie pour la faire taire et atteindre Mandela pour le déstabiliser et tenter de le faire fléchir. Avec ce double objectif, le gouvernement sud-africain n’y alla pas de main morte dans sa répression contre elle. Elle subit des violences autant affective, physique que psychologique. Privée de son mari, obligée de se séparer de ses enfants, sa dignité fut atteinte jusque dans son intimité de femme.

Elle fut sous le coup de menaces répétées et de l’intimidation tels que des irruptions en pleine nuit dans sa maison à Soweto, des coups de fil quotidiens, etc. De même, elle subit des pressions de toutes natures, dont certaines sur ses employeurs et sur ses filles encore jeunes. Pour les mettre à l’abri, elle finit par les envoyer étudier au Swaziland et resta seule. Pire, en 1969, le gouvernement de Peter Botha l’arrêta et l’emprisonna durant 491 jours (1 an et 4 mois). En prison, elle fut soumise à toutes sortes d’exactions et d’humiliations, allant des fouilles vaginales aux tortures en passant par l’isolement complet, quasiment 24 h/24. En août 1970 (6e année de son incarcération), alors qu’il traversait lui-même d’énormes difficultés, Mandela souffrait beaucoup et s’inquiétait du sort de ses filles sans leur maman emprisonnée. Il écrivit entre autres à Winnie : « Je trouve amer d’être complètement impuissant à t’aider dans [l’] épreuve que tu traverses […] » (R. Stengel, 2010 : 175).

Même si l’apartheid blessa profondément Winnie durant son emprisonnement, il ne brisa pas son engagement. À sa libération, elle reprit de plus belle son activisme politique. Entre autres, elle appuya la révolte des écoliers contre l’enseignement de l’afrikaans, en 1976. Cette fois-ci, le régime trouva un moyen de répression encore plus insidieux que la prison. Il l’assigna à résidence pour dix ans, puis la frappa d’une interdiction de séjour à Soweto, sa ville. Elle fut confinée à Brandford, dans le très conservateur État d’Orange, qu’elle dénomme sa « petite Sibérie ». Là, elle fut coupée de tout contact avec le monde extérieur. Le régime poussa l’ignominie jusqu’à frapper sa fille Zindzi d’interdiction de jouer avec d’autres enfants de ce milieu restreint.

Alain Bockel, conseiller culturel à l’ambassade de France d’alors qui, à part un Norvégien de service, fut l’unique membre des corps diplomatiques en Afrique du Sud à lui rendre visite, rapporte combien, du temps de son confinement à Brandford, Winnie était seule.

Ce n’est certainement que par la force de ses convictions et celle de l’amour pour son mari qu’elle passera à travers ces épreuves inhumaines et continuera de rester debout et de combattre le système.

  • Mandela en prison, Winnie tient haut le flambeau de résistance contre l’Apartheid

Malgré ses souffrances et ses deux filles sur ses bras, Winnie poursuivit la lutte afin que son mari et ses camarades ne soient pas oubliés, que l’ANC ne meurt pas et que la résistance des Noirs sud-africains ne pâlisse point.

Durant toute la période de l’incarcération (août 1962–février 1990) de Mandela et des leaders de l’ANC, elle prit le leadership de la lutte contre le régime discriminatoire et répressif du gouvernement sud- africain. À ses risques et périls, elle alla à l’encontre de la Loi du bannissement de Nelson Mandela de la place publique qui interdisait la circulation de toute photo et propos de Mandela. Avec la nation sud-africaine (militants Noirs et progressistes blancs), surtout les femmes membres du Congrès national africain (ANC) et les progressistes blanches sud-africaines, elle développa 101 stratégies pour déstabiliser le gouvernement de Peter Botha, pour le dénoncer et pour faire connaître à la Coopération internationale la répression qu’il faisait subir aux Noirs sud-africains et aux prisonniers politiques de Robben Island. Aussi, à l’étranger, des militants comme Miriam Makeba et bien d’autres relayaient leur voix et leur combat et suscitaient la solidarité internationale. En 1980, elle initia le lancement de la campagne « Free Mandela » qui  se répandit comme une trainée de poudre partout dans le monde, en particulier en Afrique et en Amérique. Dans sa préface du livre de Mandela Conversations avec moi-même, Barack Obama mentionne que la première fois qu’il participa à une action politique à l’université, ce fut lors d’une campagne pour l’abolition de l’apartheid en Afrique du Sud (N. Mandela, 2010 : XIII).

Winnie acquit une stature nationale. Aimée et adulée, elle fut élevée par la Communauté sud-africaine, noire en particulier, au rang de « mère de la nation ».

  • Winnie, l’autre MANDELA

Tout comme celui de Nelson, le nom de Winnie est étroitement lié à l’histoire de l’Afrique du Sud. Si le premier fut le résistant au système de l’apartheid depuis l’intérieur des geôles de ce système durant 27 ans, la seconde fut la résistante à l’extérieur aux yeux de la nation sud-africaine et du monde entier. C’est pourquoi, malgré les rumeurs d’infidélité, la propagande du régime contre Winnie (accusations de meurtre, de détournement, etc.) et la pression de certains leaders de l’ANC, qui reprochent à Winnie son activisme et ses excès, Mandela tient à sortir le 11 février 1990 aux bras de son épouse et camarade bien-aimée. C’était leur victoire commune contre l’Apartheid.

Photo de sortie de prison des Mandela (Source : REUTERS/Paul Velasco)

C’est pourquoi, les Leaders politiques et le Peuple sud-africains s’apprêtent à réserver à Winnie des funérailles à la hauteur de sa grandeur.

Que la terre d’Afrique leur soit légère !

 

Docteure LY-TALL Aoua Bocar

Chercheure associée à l’Institut d’Études des Femmes, Université d’Ottawa, CANADA

Sociologue, Analyste, Auteure, Consultante et conférencière internationale

VOIX des Femmes de l’Ombre pour leur accès à la Lumière

E-mail: aouab_ly.tall@ ymail.com

[1] Article EXTRAIT de mon ouvrage “De la Reine de SABA à Michelle OBAMA, Africaines, Héroïnes d’hier et d’aujourd’hui : À la lumière de l’œuvre de Cheikh Anta DIOP”, Édition l’Harmattan Sénégal, 2017, pp 121 – 131.

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